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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Lun 03 Juil 2017 à 16:01 
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Fuzzine. DVD. Titre «Comment donner le bambou au MEDEF».


Vous regardez le vide télévisuel, parfois ? Ou vous passez votre temps à râler contre la nullité des programmes, l'information orientée, et le bourrage de crane permanent ? Rassurez vous, moi aussi. En cas de saturation furieuse, j'adore une bonne ration de documentaires. Du genre sobre et sérieux, faisant la grande lessive de la gentillesse et du politiquement correct. Rien de mieux pour dynamiter la béatitude estivale, ou saboter la gluante période des fêtes de fin d'année. Tout ce que la télé (à part Arte) n'ose pas montrer, le suicide des marchands de bonheur (chouette).

Ma dernière découverte s'appelle donc La Mise à Mort Du Travail, et ferait dresser les cheveux d'un chauve (on en connait tous un). Divisé en trois parties (aliénation, dépossession et destruction) il s'agit d'une fouille minutieuse de l’arrière cour du boulot. Quand bosser est un cauchemar de tous les jours. Un asile de dingos à vocation unique (le profit). Et que l'humain vaut beaucoup moins que ce qu'il produit. Avant de me faire traiter d'agitateur gauchiste, bien peinard derrière son clavier, une précision. J'ai laissé une partie de ma santé (mentale et physique) au travail. Aller au turbin, comme un hérétique monte au bucher, je connais. Si quelqu'un a encore des illusions sur le développement personnel (n'importe quoi) ou l'épanouissement d'une vie, qu'il sorte avant de tomber de haut.


Première étape, la grande distribution. Des femmes racontent une histoire simple : pour avoir osé (crime horrible) se syndiquer, on les a totalement brisés. Virées sous un prétexte bidon (vol de chewing gum) elles sont allés aux prud'hommes, et ont presque toutes gagné. Mais les ravages sont (seront) permanents. L'avocat du patron est un modèle de glaçon méprisant. Pour ce gentil garçon, mettre de l'argent à gauche en anticipant un licenciement est une preuve de bonne gestion. Il en bave d'admiration, le mec. Une psychologue parle de son quotidien, des cas qui remplissent ses journées. Ilot d'humanité dans un territoire totalement barbare. Et décomplexé. Derrière les barils de lessive, à coté des caissières, existe une réalité infâme, une mentalité d'épicier puissance cent mille. Où rien ne doit exister qui puisse faire douter le client. Nous voilà dans autre monde (fort bien sous entendu) celui des petits chefs, des larbins du boss, prêts à tout pour monter en grade. Sicaires sans visage, toujours la pour enfoncer les collègues.

Enchainement direct sur des types humiliés et insultés par leur taulier. Centristes ils sont, pas rouges intraitables. Avec cravates et jobs ronflant. Et alors ? On les a aussi trainés dans la merde sociale. A tel point que l'un d'eux a envisagé de flinguer les enfoirés de sa direction. Pourtant, on a encore rien vu. Après les coups de massue, voici une forme de sadisme beaucoup plus raffiné. S'adressant avant tout à la raison. Bienvenu dans l'enfer moderne d'un centre d'appel. Avec des gens rivés à un téléphone, débitant leur litanie dix heures par jour. Discipline d'acier, à partir du moment où l' ordinateur démarre. Le flic de service est fier : c'est LUI qui a conçu le système d'attribution des pauses (royalement proposées à trente minutes par jour). A partir de la, il traque les futés qui ont le culot de voler des secondes de vie.

Comme dans un cauchemar acide, on assiste à d'effroyables séances de motivation pour cadres. Ou comment rendre quelqu'un (supposé sain d'esprit) complétement con et malléable. Apparemment, ça marche. La grosse légume (large sourire) expose sa philosophie de vrai baba. Il veut avant tout des salariés HEUREUX. Avec une carotte en or, la prime au rendement pour les meilleurs. Gratification fixe (ben voyons) et surtout pas indexée sur les résultats. Histoire de se faire bien voir, la direction organise des réunions avec ses serfs (pardon ses employés) qui peuvent poser plein de questions gênantes. Justement M'sieur, si on causait du treizième mois ? Réponse coupante, les bénéfices ne permettent absolument d'envisager que....Mais c'est bien de participer. Vous voulez un entretien d'embauche, histoire de prendre des notes ? Déjà, les mondanités précisent le topo d'entrée : un maximum d'heures, pour un salaire misérable.

Si pas content, la porte est ouverte.

Ensuite on teste les candidats, sur leur bagout et leurs capacités à convaincre. Ne vous y trompez pas, sont retenus uniquement ceux qui manifestent des qualités de Judas. Rendre l'ambiance détestable, sans avoir l'air d'y toucher. Faux jeton à ce point, c'est de l'art. Restait à inventer le contrôle des cerveaux, pour achever le tableau. Toujours mettre le doigt sur LE défaut. Celui qui rend la position instable, et la personne un peu plus faible. L'examen de conscience est systématique. Mené avec un entrain à rendre jaloux le KGB. Quelques salariés s'expriment à visage découvert : ils sont positifs, gentils et souriants. Conscients d’œuvrer pour une cause juste, la bourse du boss. Et attention, le meilleur aura sa photo au mur du bureau.

Pourquoi pas une étoile jaune pour les mauvais ? Parce qu'on en est la, dans le bûcheronnage systématique de la bête humaine. Réinventer les bons points et le bonnet d’âne. Plus c'est bas, plus les actionnaires applaudissent. La recette pour survivre, dans un vivier aussi hostile : travailler comme un abruti, sans réfléchir. Et, alors que les mots «World Company» s'insinuent dans votre esprit, Monsieur Sylvestre sort de sous la table en riant. Comme le vautour capitaliste qu'il est. Et entend rester. Jusque la, le spectateur lambda suivait clairement. Arrive alors une abstraction, un autre continent. Le management pur et dur. Il est question (en permanence) de dynamiter les objectifs, jamais le cash ne pisse assez dru. Un super vendeur est passé au grill. Vite, isoler ce qui fait sa différence. Récupérer un bout de son ADN, à la limite. Des «communicants» sont sur le coup, avec un langage bizarre et des concepts pas catholiques. Rationaliser les méthodes devient une obsession. Pour décupler les cadences au mieux. Comme le dit quelqu'un, si gagner dix secondes doit vous démonter le dos, à l'étage on s'en tape royalement.

La direction n'a pas de scrupules, mais une boite à gérer. Laquelle appartient à d'énormes requins américains. Des créatures aussi verdâtres que leur tas de billets. Dont on évite (avec crainte) de trop prononcer le nom. Quand un type empoche un million de dollars par jour, il a forcément une drôle de conception de la vie. Totalement estourbis, quelques syndicalistes se repassent un livre, sur les méthodes de travail chez Toyota. Désabusés, ils ne cachent pas que leurs troupes ne croient plus au grand soir. Le combat est inégal, et le droit ne pèse pas lourd face à la puissance financière. Une heure du matin, le DVD regagne son boitier. Dans le silence innocent. Sensation de malaise. On fait certes plus marrant que ce (long) triptyque, mais combattre le mal ne commence pas forcément par de la rigolade. Et puis avoir des envies soudaines d'élevage de chèvres au Larzac (sur fond de Gong et de panade glorieuse) c'est toujours ça d'enlevé à la surconsommation de masse, qui justifie la folie ici décrite.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Lun 03 Juil 2017 à 16:03 
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Fuzzine. Byrds. Titre «Oiseaux, avec un «y » ».


Comme toutes les compilations, celle qui nous intéresse aujourd'hui à un titre idiot (« Le très meilleurs de les Oyseaux ». De gauche à droite, le premier est Gene Clark. La gueule taillé à coups de serpe, il regarde droit devant lui, se fout du photographe. Pense à I'll Feel A Whole Lot Better.. Déjà un genre de perfection, nanti d'une superbe vacherie. Notons l'économie des moyens, l'évidence biblique de la chose. Gene Clark, c'est le type capable d'être Johnny Cash d'une seule main. Surement trop doué pour se contenter de chanter quelques harmonies, en tapotant un tambourin. Alors les utilités dans une bande de folkeux trop vite électrifiés, merci bien.

A coté, Roger McGuinn, un petit sourire narquois, avec des lunettes carrés. Lui peut mourir peinard, son influence de guitariste empêcherait un marchand de médiators de dormir. Ne cherchez pas plus loin le savant fou de la bande. Après, on aura des gens pour s'étonner qu'il ait réussi à faire cohabiter des pointures comme Clarence White ou Skip Battin, dans le même bateau, tout en conservant fermement la barre. Mon pauvre monsieur, avec Roger McGuinn, faut SURTOUT pas chercher à comprendre.

A propos, on évitera ici de partir dans la revue des albums, sinon il nous faudra deux cent pages. Par exemple, Sweetheart Of The Rodeo rappelle fortement (très fortement) certaines choses que Keith Richards nous pondra par la suite. L'influence de son zombie de copain Gram Parsons, surement. Bref, si les Byrds gardent leur identité dans un pareil piège (flatter les rednecks en restant des hippies dans l'âme) tout est possible. Je continue.

Le beau gosse, les bras croisés, T shirt jaune, c'est Chris Hillman, le bassiste. Pas un manchot non plus. Jamais moyen de me souvenir du nom du batteur. Il a l'air franchement gland, avec ses cheveux qui lui tombent dans les yeux. Bon dernier, avec une grande chemise verte (j'ai la même) et donnant l'impression de s'emmerder ferme, David Crosby.

Collectivement, ces égo maniaques forcenés sont plus connus sous le nom de Byrds. Si, en les voyant, vous avez pensé « tiens les Shadows Of Knight ou les Flamin Groovies encore pubères » il y a du vrai. Les Byrds, LE combo US qui a le plus durablement influencé ses congénères. Rien que la pose et la dégaine déjà. D'accord, le Velvet Underground a marqué les esprits, mais surtout en Europe. Et au moins trois ans après sa mort. Les Byrds avaient des hits, des vrais, pas des merdouilles écrites par des marchands de soupe. Comment dire, le groupe de folk qui a révolutionné le rock, en ajoutant au passage une touche country ? Je suis d'accord, c'est pas simple à envisager.

D'autant que je suis né (snob toujours) le jour de la sortie de leur version immaculée de Mister Tambourine Man. Quand Dylan s'en mêle de prés, l'affaire devient carrément digne d'André Breton. Notre Père Zimmerman a toujours été bien servi, par la suite (admirable Chimes Of Freedom) En oubliant l'immonde torchon rendu, en guise de relecture de Lay Lady Lay. Si les Byrds savaient faire quelque chose, c'était bien d' usiner des classiques maison, entre deux engueulades avec Crosby. De ces chansons prêchant Dieu ou Satan, personne ne sait, mais qui RESTENT dans la mémoire.

Tout le monde se contrefout de Pete Seeger, par contre, si vous passez Turn Turn Turn dans n'importe quel soirée, l'extase emportera le match, par KO debout. En gros, la chanson est parfaite, cherchez un défaut, bonne chance. Les harmonies, la montée vers le refrain, les arpèges, que du bon goût. L'anti flatulence puante garantie pure McGuinn. Qui aurait tant voulu se débarrasser de Crosby, mais voilà c'était pas si simple. L'autre râleur écrivait (comme il aurait allumé son joint) des choses hallucinantes (Renaissance Fair).

Quand ces messieurs arrivent à cohabiter c'est du béton (Eight Miles High avec ses faux airs de Ravi Shankar, sous stéroïdes). Moins cependant que So You Want To Be A Rock And Roll Star, puissant crachat dans la soupe du show bizz. Exercice que Roger Waters reprendra largement (et lourdement à son compte). Et puis Hugh Masekela en 1967, fallait déjà connaître, avant de lui accorder une sublime partie de trompette. Bref, les Byrds étaient un groupe immense. Ils ont écrit des morceaux énormes (Wasn't Born To Follow) mélangé les genres comme personne, fait (avec un naturel effarant) tout ce qui était interdit avant. Tout ça pour passer sur Radio Nostalgie. Entre Jean Sablon et Bill Haley. C'était bien la peine d'être des précurseurs de génie.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Lun 03 Juil 2017 à 18:53 
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Laurent a écrit:
Fuzzine. DVD. Titre «Comment donner le bambou au MEDEF».


Vous regardez le vide télévisuel, parfois ? Ou vous passez votre temps à râler contre la nullité des programmes, l'information orientée, et le bourrage de crane permanent ? Rassurez vous, moi aussi. En cas de saturation furieuse, j'adore une bonne ration de documentaires. Du genre sobre et sérieux, faisant la grande lessive de la gentillesse et du politiquement correct. Rien de mieux pour dynamiter la béatitude estivale, ou saboter la gluante période des fêtes de fin d'année. Tout ce que la télé (à part Arte) n'ose pas montrer, le suicide des marchands de bonheur (chouette).


Hum. Je me souviens avoir vu cet édifiant documentaire mais je ne pense pas que c'était sur Arte :???:


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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Lun 10 Juil 2017 à 07:57 
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Fuzzine. J.Geils Band. Titre «Trois petits tours et s'en vont».

Quand le J.Geils Band a ouvert pour les Rolling Stones (1982) il avait quinze ans de carrière dans les pieds. Et une solide réputation de teigneux à son actif. Chouchou de la critique branché, le gang de Boston venait enfin de décrocher la timbale, avec un disque complétement pourri (Love Stinks en 1980). Laissant dans l'ombre ses débuts fracassant, et s’apprêtant à éclater sans prévenir. Leurs tubes FM (Centerfold et l'abominable Concealed Weapons) sonnaient comme un pet de lapin dans le désert, ajoutant à la confusion au royaume du rock and roll. Qui ressemblait de plus en plus à une ville fantôme, peuplée de rêves brisées.

Qu'on était loin du premier album (1970) et des tronches sinistres affichés par Peter Wolf et ses nervis. Inoubliables regards, qui semblent vous jauger, avant de vous taper dessus. A l'intérieur, pas une concession au psychédélisme ou au son west coast. Du blues rock avant tout. Gras et lourd. Tout entier basé sur un rendement maximum du moteur, et dispensé de douteuses exhibitions individuelles. Avec un batteur en acier, et l'harmoniciste le plus vicieux de la décennie. Même les Flamin Groovies de Flamingo (référence de poids) passaient soudain pour des opportunistes mollassons.

Cette salve de présentation n'a absolument pas vieilli, et porte encore beau malgré son presque demi siècle. Retour dans les rades glauques, sur les microscopiques scènes enfumées. Sentant bon la soul, le R&B écorché, et les stations de radio écoutées lors des virées en bagnole. Prodigieuse décharge d'énergie, propulsée avec style. Fuck le flower power et son patchouli (beurk) J.Geils Band proposait un tord boyaux d'hommes, pas du petit lait. Arrache gueule au goût corsé (Pack Fair And Square, habile précurseur de Doctor Feelgood) laissant l'auditeur totalement à sa merci. L'imparable First I Look At The Purse conjuguant agressivité et facilité d'approche des problèmes relationnels. Toujours regarder le fric avant d'emballer, afin d'éviter de se trouver couillon à la fin du film. Le sociologue en herbe cherchera sans succès un message révolutionnaire, ici.

Le groupe (pas fou) laissant Stooges et MC5 assumer seuls leurs contradictions. Ne distribuant qu'énergie brute, et testostérone à revendre. Toute l'affaire est mené avec un tel sérieux, un tel (apparent) manque d'humour, qu'on en viendrait presque à soupçonner le capitalisme rampant. Quand déboule un blues de John Lee Hooker. Usurpation touristique sévèrement réprouvée. Un brin secoué, on se rend à l'évidence : Serves You Right To Suffer retrouve, d'instinct, les intonations et les tics du vieux maitre. Faisant sonner Canned Heat comme des foireux mal accordés, et ralliant les derniers sceptiques à son étendard. Surtout qu'en guise de conclusion ( ce culot infernal) c'est encore le douze mesures qui fait la loi. Et rien moins qu'une gâterie d'Albert Collins.

L'année suivante, The Morning After retrouve la même recette (un maximum de reprises juteuses, cerné de quelques prudents originaux). Le son est un poil plus propre (pas trop) révélant mieux les atouts du groupe. La voix de Peter Wolf d'abord. C'est lui qui allume l'incendie principal, et provoque la baston pour la première place. Souvent disputé par l'harmonica de Magic Dick, jamais en retard d'une lampée de napalm.

A ce moment précis, J.Geils Band est LE prétendant US à la succession d'un Creedence en décadence rapide. Sans la fabuleuse qualité d'écriture de Fogerty, mais avec la même compréhension génétique du rock and roll. Quand il va (c'est son but basique) à l'essentiel, sans prendre l'auditeur pour un gogo totalement sourdingue. D'où cette osmose si difficile à acquérir, autant qu'à rendre. Et dont l’absence, si elle ne gène pas le profane, fait rapidement fuir l'initié au secret divin. A noter, sur ce second album, la place plus importante laissée aux claviers de Seth Justman (pas encore envahissant). Tandis que J Geils sort peu de son carcan rythmique, mais a le solo assassin dés qu'on lui laisse placer la parole. Chorus brefs et venimeux d'artificier pressé, jamais d'onanisme nombriliste.

La fonction d'un tel brulot étant surtout de détruire les planches, l'étape suivante était forcément un enregistrement en public. Capturé à Detroit (faut oser) et sorti en 1972, Live Full House est tout simplement un des meilleurs représentants de sa catégorie socio-professionnelle : la galette enragée d'une soirée de tornade. Nullement gêné par son répertoire limité, J.Geils Band transforme tout ce qu'il touche en poussière. Poussé par une rythmique (Danny Klein s’avère un bassiste en béton) imparable, les solistes se lâchent enfin. Prouvant au public du Michigan (habitué à un traitement sonore de premier choix) qu'on peut faire autant de boucan que Grand Funk, et swinguer comme le son Stax à son meilleur. L'audition de ce manifeste (bien trop court) a quelque chose de l'invasion d'une contrée, par un bataillon de chars en rut. Vous êtes sur la tourelle d'un monstre d'acier, le vent s'engouffre dans vos poumons, et un nouveau monde s'ouvre dans une extase de graisse et de décibels.

A ce stade, la messe est dite et la suite sera bien décevante. Bloodshoot (1972) se présente (aie) sous une superbe pochette, et voit le couple Wolf/Justman mettre l'embargo sur les compositions. A part le vieux classique soul (Aint' Nothing But A Houseparty) balancé en ouverture (très mauvaise idée) tout semble s’être figé. Ce groupe qui déclenchait la foudre a restreint son format, lui substituant une substance bien propre et inoffensive. Parsemé ça et la de beaux éclats, certes. Remplaçant l’exaltation par des plans prévisibles dix ans à l'avance. Seule la Gibson de J Geils (en grande forme) propose encore du carburant, mais qui s'en soucie ? Même Magic Dick a l'air de décorer une vitrine, dés qu'il intervient.


Un gaspillage de talent concrétisé par le reggae (si si) final. Give It To Me est une infâme mixture rasta-boogie (??) qui va propulser le groupe dans le Top 10. Comme quoi....En ce qui me concerne, Ladies Invited (1973) découragerait n'importe quelle bonne volonté. Réalisation d'un haut niveau technique (le son autant que l'emballage) ce cinquième volet n'a absolument rien à dire d'intéressant. Mélange de rocks ventrus, de ballades crémeuses, et de tout ce qui était l'ennemi jusque la (ce coté radiophonique, surtout). N'importe qui ayant aimé les débuts du groupe, ne peut que fuir à l'écoute de ce succédané de variétoche pâlichonne. S'agitant dans le but d'amuser petits et grands. Et il serait trop facile de tout mettre sur le dos du producteur. Bill Szymczyk (Eagles, BB King, Wishbone Ash) n'est certainement pas un sauvage de la console. Mais doit pouvoir aussi se virer d'un studio, à coups de pompe dans le train.


En attendant, le disque déroule, engendrant ennui et puissante nausée. A offrir à vos belles doches, beaux frères, et autres nuisibles. Par contre, les trois premiers sont (et restent) indispensables à vos oreilles avides de férocité électrique.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Lun 10 Juil 2017 à 09:04 
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Je sauverais Monkey Island de 77 qui passe bien ;-)


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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Mer 12 Juil 2017 à 11:12 
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Fuzzine. Néo psyché. The Tea Party. Titre « Cours après moi que je t'attrape ».

Ce matin, j'ai annoncé « groupe des années 90 » à la rédaction. Et des sourires ont fleuri dans le bureau. Noir Désir, Nirvana, Green Day ? Quelque chose de civilisé, de montrable, qu'on fasse enfin un peu de blé, merde. Naturellement quand la platine a craché The Tea Party, il a fallu déchanter. On était (youpi !!) reparti sur du pas-possible, de l'indéfendable-ailleurs-qu'ici. En vrai paladin, des têtes rouleraient, mais j'accomplirais ma mission. Par contre, en potassant mon sujet, avec le recul du temps, le cadeau fait par le hasard en 1993 (trop long à raconter, une vraie histoire de fous) se changeait, vite fait, en piège à ours.

Jugez, un trio canadien, mené par une certain Jeff Martin (nanti d'un melon pas possible) concoctant un bouillon de sorcières un tiers Doors, le reste pur essence Led Zep. Toujours susceptible d 'exploser à la gueule de ses géniteurs. Sur le paquet d'albums sortis, deux seulement sont bons (pardon TRES BONS) ce qui laisse zéro recul. Splendor Solis (1993) et Edges Of Twillight (1995) seront donc impitoyables. Pas pressés d'en finir, tirant dans la tête directement, pour économiser les bastos. Donc déjà tenter de démêler (un brin) le sac de nœuds gratiné qui s'annonce.

Sachant que le « Splendor Solis » est un traité d'alchimie allemand, de 1532. Avec des planches en couleur, s'il vous plait.

Superbe pochette, déjà. Deux oiseaux qui pirouettent devant le soleil, dans un esprit « prenons-nous-très-au-sérieux ». Premier morceau, The River. Qui claque tous les dogmes impériaux (et impérieux) de la sommité mal luné, ayant accaparé la parole. Un riff bizarre, le meilleur placement de batterie depuis que John Bonham a rangé sa caisse claire (pas donné à tout le monde) et une construction semblant trop hasardeuse pour l'être vraiment. Attendez, le Jeff Martin dont il est question plus haut n'a pas encore ouvert la bouche.

Quand son altesse consent à s'intéresser au micro, il le fait d'une voix surpuissante (Jimbo?) en récitant une saga prétentieuse. Ou il est question de naviguer sur le Styx (fleuve des enfers) qui devient rouge pour l'occasion. Ce qui est beaucoup moins impressionnant que sa performance de guitariste, soit dit en passant. Il a du en passer du temps à bosser son manuel du parfait petit Jimmy Page.

C'est bourré de machins bizarres, comme des hameçons sophistiqués, dégageant une odeur bizarre. Un peu comme si Aleister Crowley récitait une formule cabalistique, et disparaissait en ricanant. Vous (nous) laissant aux prises avec une créature à la Lovercraft. Une création dont la genèse dépasse l'entendement humain. Trop beau, trop grand. Avec des radiations sentant le népenthès, la datura et l'hellébore. Sans compter que la production (devinez qui?) est impeccable. Pas une lourdeur d'après digestion, pas une tache de gras sur la belle table.

Oh, c'est facile à écouter, du vrai petit lait.

Un peu trop léger pour être tout à fait honnête. Sinon, à quoi serviraient tous ces relents de musique arabe ou celtiques, ces gammes pas trouvés chez Gratteux Moyen, au déstockage des plans à trois sous. Et pas planqués derrière la saturation, écoutez moi tous ces passage en acoustique, léger comme la pluie sur la tombe de Bert Jansch (c'est pas drôle, je sais). Bon, pas non plus en tartiner deux heures, juste vous motiver à écouter. C'est sain, pas de problèmes.

Plus compliqué s'avère le cas Edges Of Twilight (1995). C'est qu'ils ont tellement peaufiné leur affaire, que du mercure serait sans doute plus facile à saisir à pleines mains. La où, auparavant on avait un seul climat, une seule humeur (de cochon) par morceau, ils ont découvert les joies de la boite à vitesses démultiplié. En même temps que le batteur était prié de donner dans l'inhumain. Le temps sans cesse décalé, découpé avec des doigts de fée, puis bastonné à mort, pour faire monter la sauce.

Je me garderais bien de dire que tout ce méli mélo d'idées, rappelle (comme en flashs rapides) les rares instants non foireux de Satanic Majesties Request. Pas envie de me retrouver le cul dans un tonneau de goudron, avec des plumes en prime. Bénéficier de l'accueil des Pieds Tendres, non merci. Trop dangereux de défendre un blues tendance Bo Diddley, transpercé par une guitare glaçante. Qui se met soudain à ressembler à la kermesse de Khe Sanh quand les viets se lâchent, et font pisser le napalm.

Pas plus qu'il ne sera question de chercher ce qui fait d'un tempo moyen comme Correspondences, un ruisseau dans lequel il il est loisible de boire une eau enfin pure. Aux étranges vertus curatives, cependant. Peut être à cause de la partie de basse bizarre, avant la sortie majestueuse, digne d'une altesse déchu. Et tout le reste, en sanscrit, en alphabet runique, inscrit de droite à gauche sur parchemin illisible

Bref, plus de vingt ans après, ces deux fichus disques continuent (nah !!!) à en faire uniquement à leur tête. Ont trouvé la solution pour qu'on leur fiche la paix, résonner en autistes surdoués. Communiquant sur une fréquence quasi impossible à capter correctement. Inutile de me demander la solution, si je l'avais je dormirais mieux.


https://www.youtube.com/watch?v=H3FvleUvpy8

https://www.youtube.com/watch?v=4sVtsxG6kSE

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MessagePosté: Mer 12 Juil 2017 à 11:15 
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Eh ba encore des tas de choses a ecouter :razz:


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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Mer 12 Juil 2017 à 11:20 
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Je te préviens, en vinyle ça coute la peau des burnes.

:roll:

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Mer 12 Juil 2017 à 11:43 
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Je me contenterais de youtube alors :mrgreen:


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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Dim 16 Juil 2017 à 11:33 
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Fuzzine. Incredible String Band. «  Les anges qui passent dans nos rêves »

Les anges qui passent...sont en mission. Ils conduisent un utilitaire pas évident à garer, font des créneaux risqués et doublent en douzième position. Sur une autoroute qu'on jurerait pensé par David Lynch, et tracé par un congrès de serial killers. Le bitume y côtoie l'épiderme de prés, à la grande foire du cicatriciel.


Dans son livre de souvenirs, Joe Boyd en fait des tonnes avec Incredible String Band. On sent un réel attachement au groupe et à ses musiciens, dans une carrière de producteur qui a pourtant vu défiler du monde. Selon lui, leur implication avec la scientologie les a lessivé. Tant musicalement qu'humainement. Et leur passage à Woodstock, tremplin unique, a vite tourné en eau de boudin. Mais ISB reste une valeur de référence, dés que le folk acide anglais vient dans la conversation. Fantastique, voilà comment on peut résumer le premier album (1966). Et son feelings de ménestrels, déboulant sur la place du village, au petit matin. Comme on aime retenir le vent dans ses cheveux longs, juste pour se sentir vivre en marge. Simple autant qu'intense. Comme il est beau cet opus acoustique, orné de flute et de violon. Tout entier articulé autour d'une solide base d'écriture, où apparaît en clair l'immense influence de Bob Dylan.


Aussi lunatiques que Gong. Avec la force du Pink Floyd de More (qui doit beaucoup à ISB) pour l'usage de pièces courtes et très articulés. Tout ceci ne semblant pas encore avoir découvert l'acide. Quoique carburant probablement à autre chose que le thé réglementaire. On entend,ça et la, quelques allusions à une certaine fumée qui fait rire. Avec tous ces hippies, faut s'étonner de rien, ma bonne dame. Si j'avais eu l'age de vivre en communauté, voilà le genre de choses que j'aurais aimé y écouter. Bande son hédoniste parfaite. Rêver, tirer sa flemme sous un arbre, dans le foin, voilà le programme du second ISB. Avec son titre à tiroirs (The 5000 Spirits Or The Layers Of The Onion) et sa cuvée renommé (1967) l'album s'aligne directement pour le prix de la grande défonce collective. Quelque part avec les Deviants et les Pretty Things, à conjurer de bien étranges visions. Sans abandonner son langage acoustique, ISB y a accroché quantité d'oripeaux multicolores et intériorisé le résultat. Résultat au delà du planant, et le retour vers la civilisation vous vous en foutez totalement. Ce sera la semaine prochaine, ou dans dix ans, bien assez tôt.

Pour y trouver des barbelés, du napalm et des mines. Le kit complet de la sale guerre.

Sur l'instant, il y a toutes ces belles chansons, ces arrangements magnifiques. Ensemble si touchant qu'il vous donnerait presque envie de pleurer. Gorge profonde emplie de miel, barde faisant surgir des sources en pleine jungle urbaine. Le grand manteau, l'air allumé, sorti de sa campagne pour nous conter quelques histoires à méditer. Effarant comme tout ceci a merveilleusement pris de l'age. Vibration intense, exploit impossible à égaler. Gare au retour de voyage, l'atterrissage surprend désagréablement. C'est l'aube, la fête est finie, d'ailleurs tout le monde est parti se coucher. Demain, faut retourner au turbin. Hangman's Beautiful's Daugher (1968) recèle pourtant de jolies réussites, quand le groupe réussit à faire simple.

Sans aller se prendre les pieds dans un véritable gâchis sonore. Three Is A Green Crown, par exemple, oblitère tellement les débats, que le reste semble boiter. Les idées sont toujours la, mais utilisées en dépit du bon sens. Pour faire du tartignole, pire du banal.


Dans la clairière ne restent que des papiers gras. L'odeur de fumée prend à la gorge, pendant que A Very Cellular Song (13 minutes qui durent cent ans) accumule les furoncles musicaux, autant que l’herpès sonore. Le soleil est froid d'un coup. La suggestion sacrifiée, au profit de grimaces qui se veulent drôles.

Comme si le groupe se parodiait pour garder sa clientèle. Se sentait obligé de tout compliquer, tout gonfler, sans plus de recul. Triste. Ou le folk diabétique, limite cholestérol. Heureusement que les deux premiers ISB (facilement disponibles en réédition) sont encore la, pour contrer les charognards du profit. Écoutez les souvent, plus jamais vous n'aurez le besoin (saugrenu) de ressembler aux autres.

Les anges qui passent racontent tous la même histoire. Où la morale est une hyène cynique. Revendiquant la raison du plus fort. Tel des pillards, emportant le moindre lambeau de chair. Et se retournant pour faire un doigt.

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