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 Sujet du message: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Ven 16 Juin 2017 à 07:43 
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Comme vous le savez j'ai des ennuis de santé, et Seb a plus une minute à lui avec ses trois mioches ( :eek: :eek: ). Comme il me reste des textes inédits (et pas mauvais, du moins je pense) je les mets ici. Merci de ne pas transformer ce sujet en pugilat, c'est une thérapie pour moi.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Ven 16 Juin 2017 à 07:44 
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Fuzzine. Catapilla. Titre «Jazz rauque ».


Vous croyez aux miracles ? Moi non plus, et pourtant je vais demander audience au Vatican. En bon faux jeton, qui met des boutons de culotte dans le tronc, mais a eu sa révélation. Avec apparition de Saint Machin, et confessionnal portable en kit (mode d'emploi fourni). Émergeant de mes cartons de repiques, sans en voir le bout. Et que je classe, et que je tire au clair. Même du jazz rock (vilaine expression). Une étape obligatoire dans la carrière d'un auditeur sérieux. Quand l'oreille se fatigue des riffs de base, un genre aussi complexe est séduisant. Avant d'imposer un sérieux tri, pour éviter de basculer (sans retours) vers la respectabilité et l’académisme. Savoir différencier les vrais talents (qui ont cassé les codes du métier) comme le Mahavishnu Orchestra, de la horde des suiveurs-copieurs réclame une vision impitoyable. Ainsi qu'un grand sens des contradictions bien assumées (j'écoute du jazz/mais dans le fond je serais toujours un rocker). Arpenter un tel chemin n'est pas toujours synonyme de vacances. Le pied le plus grandiose voisinant souvent avec un bouillon de dixième catégorie. Les anglais de Catapilla font un merveilleux exemple à mon propos, tiens. D'abord parce que peu connus, c'est l'occasion (merci Fuzzine) de sortir de l'ombre. Ensuite, leurs deux albums louvoient tellement à tous les vents qu'on en devient chèvre, à y chercher du sens. Verdict sans appel, Catapilla (1971) est une foirade totale. Malgré des atouts évidents. Comme la voix d'Anna Meek. Organe surpuissant, entre la sorcière assise dans une sauce au piment et la sirène de pompier sous Viagra. La dame a des modulations incroyables, et une façon énorme de cracher la limaille de fer pour tout cribler de son haleine de napalm. Faites la chanter sur la lune, on l'entendra dans le Cantal et la Papouasie. Vous savez quoi ? Elle est scandaleusement sous employé. Réduite à mendier sa part. Cendrillon de l'histoire. Délaissé, au profit d'un blaireau de guitariste. Qui mouline des clichés, à endormir le fan club de Status Quo. Du coup, tout repose sur le sax de Bob Calvert (pas celui d'Hawkwind). Un plaisir de l'entendre s'arracher les tripes, passer de la couleur partout, et illuminer la triste fête. Gâchée par des compositions faibles, et une rythmique de gériatres édentées, tout juste bonne pour l'orchestre musette du coin. D'autant que la production est plate, infoutu d’apporter du relief. Face à Soft Machine et Nucleus, l'affaire était bien partie pour vite déclarer forfait. Le destin n'étant pas toujours un enfoiré, il leur a accordé un second round (Changes, 1972) pour décrocher le gros lot. Et niquer la concurrence sur le fil. Les gros bras et les petits calibres, tous enfoncés. Avec un nouveau duo basse/batterie bien en place, animateur de groove plutôt que mateur passif. Croyez moi, ça s' entend. La chanteuse ? Monté en grade, plus considéré comme une curiosité. Traité en composante imposante du son de base. Lequel se remue sérieusement, pour créer quelque chose de grand. Sorte de concept cosmique, à la recherche du karma ultime. Fini l'approche empirique, vive les comètes s'envoyant en l'air. La grande partouze céleste des baleines solaires. Coloris vert (espérance). En partance vers un gouffre organique, où existe seulement la clairvoyance. Et la promesse d'un espace stéréo mieux défini. Permettant de savoureuses parties de claviers, discrètes et efficaces. Coloris noir (on l'a forcément dans le baba). Quelque chose de terrible se détache des écoutes répétés. Sensation de frôler une formidable puissance, qui pourrait vous tuer d'un geste. Efficacité avant tout. A l'image du guitariste, sévèrement muselé. Plus autorisé à divaguer. Tout à l'huile de coude. Le morceau le plus long doit durer treize minutes (de tension musculaire intense). A comparer à la grosse colique (une demi heure de cours de gratte) qui défigurait le premier album. Jazz (pas sur) rock (trop futé) progressif ? Qui sait. Qui a besoin de savoir. Tout ceci s 'est (bien sur) totalement ramassé à l’époque. Un certain groupe de Cambridge (ex étudiants en architecture) y a piqué beaucoup d'idées, pour son disque de 1973 (La Fesse Cachée de la Thune) pourtant. Et Catapilla reste plus connu comme valeur pécuniaire (les pressages originaux sont rarissimes) que comme OPNI (Objet Planant Non Identifiable). Je sais c'est dégueulasse. Aventuriers galactiques, votre prochaine mission est toute trouvé. Attention, ce Graal est addictif, à défaut d'avoir le goût de Gini.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Ven 16 Juin 2017 à 07:45 
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Excellente initiative ;-)


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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Ven 16 Juin 2017 à 07:47 
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Fuzzine. Nikki Sudden. Titre «Ma jeunesse fout l'camp ».


Allons bon, le retour des disques maudits de Nikki Sudden. Qui dormaient (calmes, mais pas obligatoirement sereins) dans mes rayons depuis si longtemps. Surement un besoin urgent d’inconfort, par rapport à la maladie qui me tanne le cuir. J'entends déjà gueuler Lou, à la rédaction. Pas besoin d'un papier sur ce folkeux anémique et ses disques des années 80 (forcément à gerber). La dessus, le boss se tape un whisky et se rendort (ouf). Laissez moi coller un Postit « Pete Doherty est une endive » sur son bureau. Je dois discuter avec Maxime, notre correcteur bénévole (forcément bénévole). Bien expliquer au gamin curieux que Kiss You Kidnapped Charabanc (1987) est la réponse (taille menhir) à l'album de Jeremy Gluck. Deux disques qui m'ont redonné envie de vivre, quand j'avais vingt deux ans (c'est pas hier). En m'aidant à accepter l'age adulte, sans me bousculer. Capables de créer un demi-monde idéal pour supporter de m’être GRAVEMENT planté avec une Marie-Claire (ou Catherine, ou...). Des galettes aussi incongrues que des palmiers dans un réacteur nucléaire ukrainien. Blues post punk, si vous voulez. Charley Patton en duo avec Johnny Rotten. Visez l'esthétique, des fleurs et les gus qui se cramponnent à leurs guitares sèches, reliés à des pédales de distorsion. J'ai bien dit «les». Puisque Nikki (RIP) partage l'affiche avec Rowland S. Howard (RIP) gratteur psychotechnique de Birthday Party. Le genre à vous glisser du napalm dans les gencives, plutôt que de jouer à saturer les cieux de jolies chandelles creuses. Le premier morceau s'aventure seul sur le seuil, tout en accords pas courants, slide menaçante et poésie TRES tordue. Travaillons (vieux con) avec la réédition, pour le son hallucinant et la charrette d'inédits goulues. C'est toujours constructif de voir les choses sous un angle différent. Wedding Hotel, ouvre donc la route (histoire bizarre de cocufiage) et pose les bases d'un nouveau lyrisme. D'ailleurs, je me suis démonté le dos. Voilà le feelings général, une douleur lancinante impossible à situer. Effrayante d'intensité. Suggérant la mort immédiate, l'enfer gratuit sur mesure. C'est qui ce poisson froid, avec ses yeux morts ? Et cette fille dans l'allée, avec un flingue, elle est parano ou cherche à buter quelqu'un ? Pourquoi la route de Damas et une certaine Suzie ? Imaginez Jimmy Page, qui vient de trouver le riff de In My Time Of Dying. Ou Dave Gilmour se chauffant les doigts, et décapant Seamus. Tout dans le climat suggéré, et le faux calme névrotique. Fallait oser chercher dans cette direction, quand je jouais (épouvantablement) de la guitare, avec un clampin de mon bled. Lequel suivait (bien) mes pauvres chansons (détruites depuis) sans comprendre (tu parles). Jusqu'au jour où il a sauté au plafond, on sonnait (vaguement) comme Dire Straits, d’après lui. La honte de ma vie, les gars. Ce qui m'intéressait c'était de reprendre Death Is Hanging Over Me, titre génial tiré de Texas (1985). Faire comme si on avait été capable de se croire Syd Barrett sous valium, avec des accords dignes des Byrds. Bref, se la péter Nikki Sudden. Rien à cirer de devenir un clone de JJ Cale, avec picking virtuose et échos de Clapton. Pour en revenir à Kiss You...les bonus offrent un concert allemand (Septembre 1987). Et la, j'aime moins. Les vocaux sont brouillons, la basse trop présente. Constat amer ces types si à l'aise avec leurs chansons déjantés délivrent un éventail de clichés en voulant jouer du rock. Misant trop sur la saturation et les effets bruyants (autant que gonflants). Seul Big Store s'en sort bien, avec son coté Neil Young et sa construction gigogne-kaléidoscope. Nikki Sudden a sorti un paquet d'albums, certains bien chiants (Groove ou Lost On A Sea of Scarves). Dans les indispensables, il y a Jacobites (avec le vieux copain Dave Kusworth) le son qui sauvait l'année 1984 à lui tout seul. Beau recueil de ballades gouteuses et intemporelles. Genre de manifeste que Dylan (ou les Stones) sont incapables de pondre désormais. Suggérant à l'auditeur (forcément rincé) force et complicité dans l'adversité. Croyez moi ça marche à la demande. Maxime prend des notes, et Lou est intéressé (très rare). Donc je continue à évoquer. En 1987, j'ai usé deux galettes jusqu'à la corde. Il y avait le premier disque des Garçons Bouchers (super exemple de rock français, j'assume ). Et Texas, de Nikki Sudden. Aujourd'hui, on parlerait de néo psyché, de pop jangly, de folk lo-fi. Le cul dans l'eau on trouverait un argument de vente. Pas si loin que ça des Cure pré-gloire, ou des Smith, pour les chansons arpégés dans la brume. A noter des arrangements discrètement scintillants et prés de l'os. Celui qui craque facilement. Pour être vendable «désespoir» il manque du rouge à lèvres, du pathos à trois euros la tonne, et du spleen de mauvaise note en philo. Reste un éternel lunatique, accroché à sa guitare aux trois accords péchés dans Berlin, et jamais reniés (allez fourguer çà à la critique de l'époque). Le type dans les nuages, qui passe son temps à expliquer que le héros est (encore) en retard pour la gloire. Ou en slip sous la pluie, et qu'il a perdu sa clé de contact. Pas du genre à se fâcher si ses potes le laissent se dépatouiller. D'ailleurs il a pas d'amis, juste la poisse et plus de clopes. Les poches vides, aussi. Indispensable. Comme le terrifiant Dead Man Tell No Tales (1987) abandonnant la désinvolture (forcément) résigné, pour le vinaigre sur les plaies toutes fraiches. Plus question de rester à attendre une éclaircie, il faut ouvrir les fenêtres jeter le canapé sur la sale gueule des voisins jaunâtres. Puis s'assoir par terre, choper sa gratte, et espérer que le téléphone sonne. Surement demain. Arrêter de croire à toutes ces conneries d'amour, de relations «positives» entre les êtres. Juste de l'amertume, et la faucheuse qui affute sa lame. Vraiment pas loin de Skip Spence. Écrire un truc comme Qui a besoin d'une nana avec une jambe de bois relève de la thérapie curative, à forte dose. Tendance « je vais bien, mais mon toubib s'est jeté sous le train». On a retrouvé le bonhomme en super forme, courant 1992, avec le magnifique Jewels Thief. Accompagné par les trois quarts de REM (sans l'endive de chanteur, rassurez vous) Nikki donne l'impression de délivrer son Sticky Fingers à lui. Son retour aux sources, quelque part entre John Wayne et Hank Williams. Le fan club anglais a du tirer salement la gueule. Échanger ainsi le thé contre la gnôle de contrebande, quel culot. La majorité des morceaux sonne le sud des États Unis, relax et écrasé de soleil. A la fin, il y a toujours un cocu, certes, mais il quitte la ville en diligence. Deux rocks durs seulement, (enfin) bien envoyés font regretter que l'expérience ait été si brève. Mon pote de déprime est mort, précisément, à New York le 26/03/2006. Il existe un très bon pirate acoustique enregistré à peine un mois avant à Berlin. L'article est pour tous ces gens dont l’absence est frustrante, et les nouvelles brèves. A vous le jardin secret, toujours à vif.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Ven 16 Juin 2017 à 07:50 
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Fuzzine. PP Arnold.

Un truc, auquel je tiens vraiment, c'est le contenu de mon Ipod. Qu'il soit vieux ou neuf, 500 MO ou 3GO, c'est moi qui décide du contenu. Le petit bout de machin, plein de bonne zizique pour patienter, je suis le seul à décider ce qui va lui remplir la bide. Question de survie. Supposez que l'album recommandé (et chargé par dépit, pour arrêter un casse bonbon dans son assaut) tombe en morceaux, j'ai bonne mine. Au beau milieu d'un quai de gare, cerné par les blaireaux, avec le temps qui tourne à la flotte. Et puis à mon age, on assume ses choix. Pas qu'on fasse preuve de patience, si il faut ENCORE se justifier.. Donc, dans ma trousse de secours musical, le premier truc que je place c'est la dantesque compilation Angel Of The Morning de PP Arnold.

Pas la peine de me regarder avec des yeux agrandis d'horreur. Comme je vous connais, vous avez surement déjà fait pire. On parie ? Par exemple encensé le Would You Believe (tas de choucroute avarié) de Billy Nicholls. Serpent de mer surestimé, mais ayant le bon goût de définir LA recette magique, même si la foirant à tour de bras. Brouillon, c'est mieux que rien.

Donc PP Arnold, choriste de Ike And Tina T urner, écœuré par l'attitude de son patron (un vrai tendre) décidant de quitter le bateau en Angleterre. Passait par la un certain Mike Jagger, qui recommande la poulette (canon, faut le dire) à son manager, lequel vient juste de lancer son propre label. C'est comme ça qu'on se retrouve signé par Andrew Loog Oldham, sur Immediate. Une des entreprises les plus glorieusement foireuses que le business anglais (pourtant bien secoué en ces années de vapeur psychédélique) ait jamais connu. Le temps pour PP d'enregistrer deux albums (The First Lady Of Immediate en 1967 et Kafunta en 1968). Renoncez tout de suite à trouver une copie originale du premier, mais on peut espérer dégotter le second pour un prix décent (le pressage Sud Africain est assez courant). Avant d'être embarqué (par force) dans une débâcle financière gratiné. Oldham était un mégalo de première, furieusement hanté par l'idée de devenir nouveau Phil Spector. Mais on lui pardonnera beaucoup.

Sans lui PP Arnold serait resté une vocaliste anonyme. Et cette pop soul démente, qu'elle crache sans efforts apparents, n'aurait jamais enchanté nos oreilles. Dans le sac les arrangements grandioses semblant sortir de l'esprit d'un timbré diabétique, surchargeant la console de glucose. Vidant (au camion de dix tonnes) tout que l''époque bannissait. Des cuivres, des cordes, des voix d'ange, du clavecin. Rupinant son affaire, en repoussant d'un pied dédaigneux la courbe (bien plate) des ventes. Et ignorant le ballet des banques, qui coupaient le robinet à la chaine. Fuck, il s'amusait bien trop, pour s'arrêter à des détails. Parlez moi de cathédrales sonores. Je vous renverrais au gigantesque If You Think You're Groovy (signé Mariott-Lane). La construction en spirale, la voix qui se durcit et envoie un smash canon. Toute la chanson en tremble, haletante, sur les genoux, crucifié sur le mur du son.

Le truc, c'est que PP a l'air tellement naturelle, dans son élément, que rien ne peut se mettre en travers du chemin. Tenez, Letter To Bill, une bluette moqueuse, adressé à un gros lourd qui se fait larguer. C'est d'une simplicité absolue, léger toujours, un puzzle idiot (trois accords torturés à toutes les sauces de la grandiloquence) ncapable de tomber dans le mauvais goût). Excusez moi les filles, mais je pense qu'il faut étire un mec pour VRAIMENT apprécier ce brin de voix moqueur. Lâchant son « Tchaoo Bill, j'dois m'casser » avec tellement de phéromones (ouch) qu'on envie presque le mec. Putain, il a approché un tel miracle le gazier ? Va avoir du mal se recaser. Sera devenu exigeant. Au point d'encenser la reprise du First Cut Is The Deepest (oui du tampax barbu de Cat Stevens). Grosse chose informe et blanchâtre au départ, devenu dans la bouche de PP (arghh!!!) un bonbon savoureux et enfin sexué (fait chaud soudain).On marche à tous les coups, en plus. Réclamant les chausses trappes harmoniques, les mélodies vicieuses, que même Gainsbourg aurait hésité à à nous infliger. Conscient, soudain, d'aller trop loin. Angel Of The Morning, par exemple. A donner des boutons à Jean Claude Vannier, en personne. Avec ces cuivres qui entament leur parcours en cahotant, façon fanfare de l'armée du salut totalement bourré. Et puis la tension monte, tout se statufie. Des sentiments violents défilent dans votre pauvre cerveau ravagé. Un peu comme ceux qu'on aurait aimé inspirer, mais qui sont crevés dans le caniveau de l'indifférence humaine. La preuve ? Come Home Baby. Rod Stewart a beau sortir ses tripes, il est pratiquement incapable de juguler la furie soyeuse, qui vient lui chahuter le micro. Non, PP Arnold était un don du ciel, une créature céleste, un ange égaré chez les ploucs. Tout simplement. Paradoxalement, son don pour donner une GROSSE paire de burnes à des chansons pas simplement aventureuses (Yesterday, As Tears Go Bye, God Only Knows, To Love Somebody) et à la limite du tartignole, renforce le mystère un peu plus. Le moule est définitivement brisé. Et c'est aussi bien.

Dédié à Laura, Louise, Florie, et Virgilia. Mes copines d'insomnie, lectrices émérites (et affolantes) de Voyage Au Bout de la Nuit. Salop de canapé, qui a le beau rôle.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Sam 17 Juin 2017 à 11:27 
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Fuzzine. Howard Nishioka-George Brigman. Titre «Les grosses feignasses».


Quand Fuzzine a été crée, le message était clair : redonner un peu d'espoir à ceux qui ont compris que le rock (en tant que concept orgasmique) était un mort au congélateur. Dont l'ADN est toujours exploitable. Juste pas présentable. Pas vendable aux foules dont on a, lâchement perverti les sens. Réservé aux grands éclateurs de statistiques et autres études à la con. Désolé, j'aime bien faire mes courses sans avoir des électrodes dans le cerveau. Aujourd'hui, réveil de deux formidables glandeurs. Des surdoués du cool, avec autant d'or dans les doigts que de poils dans la main. Et de superbes tronches d’inadaptés sociaux chroniques, en rab. Totalement décalés, inconscients de l’être, et heureux comme ça. Certainement pauvres, mais avec de l'hédonisme à revendre. Comme souvent, la grosse découverte vient de Sylvain, sur le forum Rave Up, merci à lui. Howard Nishioka ? Enchanté. Et à l'écoute de son unique album (Street Songs, 1979) sa philosophie apparaît clairement. En ramer le minimum, mais avec la manière. Un styliste pourri de classe, le mec. Inimitable démiurge des espadrilles totalement cuites, et du bermuda taillé dans du jean cradingue. Même pas le courage de grimper dans un hamac, c'est allongé dans la brouette de foin que se déroule le disque. Juste les pieds qui dépassent, et Morphée donnant le tempo. Amples instrumentaux drapés de guitare sèches, où six cordes électriques dardent comme des lézards dans la pierre brulante. C'est bien fichu, la construction frise souvent une vraie élaboration maniaque, peu évidente à la première écoute. A vous le soin d'aller au charbon. Efforts superbement récompensés. Toute ressemblance avec des envies d'infini azuré n'est pas feinte. Et puis, parfois, la voix de Nishioka consent à s'extraire du gosier râpeux. Barbe de trois jours. Crooner en négatif, qui boulotte les mots sans avoir le mauvais goût de hurler dans nos oreilles si fragiles. Autour tout s'agite et s'excite. Sauf cette musique, aussi remuante qu'un boa digérant un éléphant. Quoique moins pressé d'en terminer. La réédition coréenne (avec une biographie minimaliste) se trouve assez facilement. Le tout est une œuvre de santé publique, à utiliser avec modération, et les volets fermés. Peut aussi servir d'hédoniste manifeste, ce qui suppose déjà un effort. Le terrible mot. Oscar du meilleur titre à No Money No Honey. Où Sartre et Proust recomptent leur billes, avant d'aller au bordel du coin. Un brin plus énergique et nerveux, George Brigman n'est pas, lui, un inconnu de nos services. Rayon des élusifs prometteurs, qui préfèrent glander à coté du radiateur. Peu célébrés, et demandant surtout qu'on arrête de leur pomper l'air. Sinon c'est la porte ouverte à tous ces gens bizarres, avec d'étranges idées qui obligent à bouger du canapé avant la tombée du jour. Deux albums en quarante ans, au compteur. Ça laisse du temps pour peaufiner. Jungle Rot (1975) n'est certes pas mou, tout juste franchement cool. Avec son coté bluesy, sa sonorité sourde, et ses gros riffs distordus. Œuvre certes minimaliste, maitrisé de bout en bout (aucun déchet) imaginé par un idéaliste maniaque. Morceaux simples, appuyant d'entrée sur les nerfs sensitifs les plus secrets. Costaud du slip, ce disque discret (et très rare) aurait ridiculisé plus d'un avachi si son géniteur s'était donné la peine de chercher un distributeur, de tourner, de....Bref avait perdu du temps à se lever de bonne heure (n'importe quoi) pour autre chose que câliner sa Gibson SG. Et en tirer des concoctions où l’esprit des Groundhogs rejoint la poigne des punks. La voix lasse (semblant proférer un sempiternel Fuck Off) rappelle beaucoup les intonations de Johnny Rotten, d'ailleurs. Rageant de se dire qu'un pareil talent est resté secret d’alcôve. D'un autre coté, il faut des allumés de ce calibre pour illuminer la sono et lui éviter les mauvaises rencontres. Puis George Brigman est retourné s'assoir. Démoralisé par l’assassinat de son bassiste, il a gratté quelques accords. Jusqu'à ce que le résultat lui donne envie d'aller en studio. Rags In Skull (2007) n'a pas appris grand chose de nouveau. Juste à encaisser, et à durcir le ton. Le son de batterie est primaire à faire rougir Charlie Watts. Et il est évident que si peu suffit largement. Paradoxe, ce disque réalisé avec peu de moyens devient soudain un archétype. Le symbole (pas crétin) de tout ce que l'industrie du divertissement a abjuré, pour mieux vendre sa soupe. A savoir des morceaux roulant sur les jantes, avec des angles coupants. Basiques et costauds, de la mélodie entre les dents. Les burnes en avant. Et la rage de ne pas crever muet. La voix est devenue acerbe. A mué entre citron et tabasco. Comme un adulte dépassé par sa propre nonchalance, soudain conscient de vivre en enfer. Et qui fout le feu partout, pour se venger. Brigman se révèle en pyromane absolu du solo de gratte venimeux et barbare. Dix notes, et du barbelé autour. École des Stooges. C'est une vraie thérapie qui s'étale soudain. Mieux, un vache de dilemme. Rarement violence fut ainsi faite à une personnalité, la transcendant histoire de remettre de l'ordre dans le quartier. Avec un tel effort le gars est reparti pour trente ans de silence. Pour étancher votre soif, il reste une compilation d' inédits (19 titres) sorti vers 1982. I Can Hear The Ants Dancing, c'est le laboratoire, le coin avec l'établi bordélique. Tout un tas de jams, bossant leurs biscottos, et attendant le destin. Pas indispensable celui ci, plutôt pour les complétistes. De toute façon, un type capable d'écrire J'aimerais étrangler ta mère, Souffler la fumée ou Certains de mes meilleurs amis sont des serpents est forcément un bon bougre. Signalons que dés 1984, le fanzine français Everlasting Tribute (avec déja notre pote Othall) consacrait un article à Georges Brigman. Initiative (naturellement) pas suivie d'effets par le reste de la presse hexagonale. Quand on est bon à rien.....

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Sam 17 Juin 2017 à 14:07 
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Joli :razz:
Je ne connaissais pas :oops:


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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Lun 19 Juin 2017 à 11:04 
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Fuzzine. Tim Buckley. Titre «Icare».


Concept dépassé par trop d'errance, Tim Buckley ne semble pas devoir bénéficier d'un courtois retour d’ascenseur. Envisageable après la gloire éphémère de son rejeton. Ce qui évite aux VRP des «ma discothèque idéale» et autres «on nous a sponsorisé sous prétexte d'histoire» de prendre des risques. Vérifiez, on vous conseille RAREMENT Buckley senior. Soyons juste, il y a un monde entre la solennité unidimensionnel du fils, et l’œuvre déjanté que le père a pu livrer à son meilleur. Pour ma part, tout a commencé avec le premier, avant d’être vite déçu par cette matière brillante, mais totalement inerte. Le second est venu ensuite, d'abord avec d'excellents live posthumes (on y reviendra). Coté studio, j'avais entendu Starsailor (pas de chance) et étais peu enclin à en savoir plus. Pour tout vous dire, je le confondais un peu avec Tim Hardin, passé un temps. Entre folkeux torturés, on doit arriver à se comprendre. C'est, sans doute, ce que voulait me suggérer l'inconscient, qui guide le destin et les rencontres. Jeunot, l'air arrogant, mais encore un peu juste, voilà l'image donné par l'album (1966) inaugural de Tim Buckley. La formidable voix est déjà la, c'est l'atout principal d'un disque noyé dans des arrangements ultra pesants. Chansons courtes, où le staff d'Elektra tente à peu prés tout, voici l’œuvre la moins personnelle du chanteur. On l’abordera en connaissance de cause, surtout qu’après viendra un feu d'artifice aveuglant. Dans les récits effrayants de Lovercraft, traine toujours un être à la croissance surnaturelle, défiant Darwin et toutes les théories de l'évolution. En transposant dans un studio, vous obtenez Goodbye And Hello (1967). Vocalement Buckley n'a (déjà) plus rien à prouver, c'est le compositeur qui se révèle. Bien que typiquement de son temps (far out) la production cherche à donner une direction à ce talent si imposant. Pas à le bétonner dans un dolmen stylistique. Véritablement parées d'une noblesse de sang, les chansons rivalisent d'intelligence, oubliant systématiquement (pouah) de faire risette aux radios. Mélange risqué de poésie déchirée et de vision acérée. Alchimie à des kilomètres de ce qui, en Californie, imposait le flower power comme nouveau concept rentable. L'ensemble enfonce (mains dans le dos) les gros bras de la concurrence, Doors et Love compris. Laissant l'impression d'avoir trop longtemps levé la tête, et de peiner à rassembler ses idées, dans un état cohérent. Cette comète est la création d'un type de vingt ans, surdoué qui s'emmerde au fond de la classe. Quand les Rolling Stones vampirisaient l'acide, pour un résultat douteux, Goodbye And Hello en squattait l'apparence, et la réduisait esclave de sa force de conviction. Sublime, mais loin d’être simple à apprivoiser. Et si l'homme rigolait sur la pochette, celle de Happy Sad (1969) le voit franchement tirer la tronche. Tangiblement, c'est du folk qu'on ressent, mais du jazz qui arrive. Le climat est épais, un vibraphone s'extirpe et fait le forcing avec la guitare. De l'air, de la place, c'est sous ce mot d'ordre qu'a du être réalisée le mixage. En devenant un écran où le chanteur (limite funèbre parfois) grave ses ruminations dans la chair de l'auditeur. Terrible retour à la réalité, la souffrance s'insinue rapidement. Quand le soleil sera couché (et le sommeil une utopie) alors les tiraillements s'apaiseront. Génial communicant en malaise diffus, Buckley arrache des lambeaux d’indifférence, et vous (nous) transforme en mateurs avides. De savoir comment il va sortir de tout ce bazar psychique. Au cas où l'escalier de secours existe. Fantastique disque de déprime, magnanime jusqu'à éviter de porter le coup fatal. Laminoir d'ocre et de velours, mais mâchoires de plomb. Blue Afternoon (1969) franchit un palier, se stabilisant globalement entre atomisation et désintégration. Pas physique, simplement l'expression d'un gigantesque spleen. Avec Skip Spence, Barrett post Floyd et le Nick Drake de la fin, c'est l'album cercueil par excellence. Creuset brulant, où se côtoient des fantômes ravagés du citron, et l'impression que Buckley enregistre au bord d'un précipice. Rarement auditeur aura autant été exclu d'un disque. Regardez, écoutez, pour le reste silence. Bien loin, se déroule un spectacle sacrificiel, avec front contre les murs et hématomes internes. Le tout sur fond d'une musique complexe et âpre. Intéressante, mais aussi facile à saisir que Magma en 78 tours. Modelage baroque, avec des trucs bizarres qui dépassent. Séquences d'accords lumineux, plaqués (pas au hasard) sur un jazz (encore) quantique. Toboggan céleste épaulé d'une contrebasse.Voyage directe pour la contrée du néant. Disque réussissant à rester impeccable en plein cyclone, Blue Afternoon résonne si loin de son époque, qu'il s'en fait une raison, et passe à autre chose par ennui. Pas de courrier/pas d'appels/tout le monde s'en contrefout....Difficile d'aller plus loin sans suicider (à l'arme lourde) sa carrière. Perspective ne semblant pas effrayer Timothy Charles Buckley. Quasi égal de Jimi Hendrix, pour l'intensité et les brulures profondes, il n'avait d'autre solution que de risquer un définitif plantage, dans un platane aussi surréaliste que massif. En attendant, chacun aura son opinion sur Starsailor (1970) mais je vous défie d'y trouver une once de mentalité d'épicier. Augmenté de Bunk Gardner (ex séide de Zappa, et ici trop sous utilisé) aux cuivres, l'album marche avec entrain sur les traces fraiches de Miles Davis. Structures brisées et complexités rythmiques sont le nouveau mot d'ordre. La voix est partie ailleurs, réfugiée dans une série d'acrobaties irritantes, à rendre jaloux tous les Ian Gillan de la galaxie. Pour qui aime l'expérimentation débridée, Starsailor est un monument à visiter. Lester Bangs aimait beaucoup ce disque, genre de remarque qui renseigne tout de suite. Si je devais donner un avis personnel, je dirais beaucoup d'ennui au programme. Envolé la finesse captivante d'antan, place à un bulldozer désagréable qui casse sans raison ni passion. Et que dire de l'abominable Moulin Rouge, complainte de vieux cons (à moitié chanté en français) aussi gluante que l'intégrale de Maurice Chevalier. Une chose avec Tim Buckley, ne jamais croire que l'heure de la sieste est enfin arrivé. Pour le réveil en sursaut, Lorca (1970) se pose la, et vire n'importe quel amateur de roupillon de son canapé. A grands coups de tatanes dans le cul. Réputé «difficile» dans une œuvre pas vraiment complaisante, le disque (après bien des rebuffades) s’avère gorgé de qualités. Sous une forme exigeant de l'auditeur (intrigué, pour le moins) un véritable marathon de patience et d'attention. C'est un piano électrique qui préside les débats, tout au long des deux premiers (longs) morceaux, fini le coté folk. Le climat est mystérieux, brumeux. Envoutant arôme, juste assez puissant pour suggérer. La voix est (une fois de plus) en roue libre, ridiculisant la notion de tessiture, et limite énervante. Quoique, semble t-il, plus concerné que sur le disque précédent. Si on vous dérange, on peut repasser, c'est ce qu'on a envie de dire des presque huit minutes d'Anonymous Proposition. Dialogue fusionnel entre le chanteur, son guitariste (l'excellent Lee Underwood, ici à son meilleur) et la contrebasse de John Balkin. Pas une trace de percussion, destiné à donner de l'appui. Attention, tout ceci est hyper articulé, jamais coupable de ressembler à un vaseux marais improvisations hasardeuses. Naturellement, et alors qu'un embryon de lumière apparaît (les prolégomènes, aurait dit André Breton) Buckley vire à la corde, fait une embardée, et part totalement ailleurs. Balançant sans prévenir trois énormes manifestes de pétage de plomb (pression urbaine quand tu nous tiens) définitif. Et traçant une voix royale pour LA Woman, déjà. La seconde face (vieille école) sera dominé par (divine surprise) une belle guitare acoustique, doublée de son électrique cousine en ponctuation futée. Surtout, les congas de CC Collins ont la parole à nouveau, réchauffant une ambiance qui commençait à s'étioler. Dans la sono, le temps n'a plus d'importance. Statufié/statufiant, Lorca s'inscrit (en rouge) dans la trousse à pharmacie des journées pleines de trous. La suite sera au delà du triste, voyant Tim Buckley (accompagné par de sinistres squales de studio) aligner trois albums aussi faibles que banals. En même temps que sa voix commençait à mal tourner. Greetings From LA (1972) est tout juste digne d'un groupe de bar, avec ses clichés bluesy et son vague coté Stonien-graisseux. Quand à Sefronia (1973) et Look At The Fool (1974 ) une écoute sur la toile suffit. Matériel apathique, chanteur aphone, la destinée est cruelle. Celle qui nous intéresse s'est arrêté le 29/06/1975. Après une grosse séance de cuite, et une surdose de poudre maudite. Aucune crise d'hystérie médiatique, la presse d'époque se contente de l'entrefilet réglementaire. J'ai uniquement le souvenir d'un solide article, dans Rock And Folk. Genre de tartine bien épaisse (superbement rédigée) à qui, en ce temps la, on pouvait faire confiance pour se découvrir des héros maudits. Comme tout un chacun (plus que les Pink Fairies, moins que le Grateful Dead) Buckley a eu droit à son compte de live posthumes. Et deux sont solaires. Dream Letter Live In London (27/06/68) malgré un son un peu sourd, présente 120 minutes d'un concert époustouflant. Aussi intense que risqué, le jeune répertoire perd de sa préciosité et se gave d'une belle énergie. Quel courage que d'aller balancer (sans faillir) ce genre de paquet à un public plus habitué à l'électricité saturée. Deux guitares, une voix, un vibraphone, et le bassiste de Pentangle, c'est assez ( comme la baleine) pour causer d'irrémédiables cicatrices dans l'épiderme tendre. Pour être honnête, il faut signaler que leur approche du boogie (Who Do You Love) est plus proche du venin Velvetien que du tracassin Status Quo. Et ils se laissent même aller à faire un sort à You Keep Me Hangin On. Retrouvant la nudité originelle, et laissant Vanilla Fudge comme des glands, avec leur artillerie lourde. A noter que le livret a été rédigé par Lee Underwood. Travail sérieux. Live At The Foklore Center-NYC-March 6 1967, malgré des conditions d'enregistrement précaires (problèmes d'accordage) présente le chanteur seul avec sa guitare, devant 30 pèlerins, et sonne comme une oasis en enfer. Voix puissante et picking résolu meublent l'espace d'une façon presque inquiétante, tant leur mariage est réussi. C'est bien la première fois qu'on devine trace d'une influence extérieur (Dylan) chez Buckley, les albums studio en apparaissant encore plus comme des exploits herculéens. Chose intéressante, il nous est épargné les interminables causeries avec le public, si horripilantes. Enfin le DVD My Fleeting House (non sous titré, et pas facile à dénicher) sera le complément idéal de cet article. Avec des intervenant intelligents et motivés (le guitariste et le parolier) ce long documentaire se veut (est) exemplaire. Pas de glose ou de baratin, rien que du vital et du rigoureux. Comme du grand Tim Buckley, quoi.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Lun 19 Juin 2017 à 11:13 
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Fuzzine, lecture. Hubert Selby Jr. Titre « Plus moche la vie ».


Si quelqu'un peut m'expliquer ce qui pousse à se replonger dans l 'œuvre de Selby, il gagne une photo de Donald Trump. Des pages et des pages arides, ou le moindre sentiment est impie, à la limite du blasphème. Les États Unis vus du local à poubelles, au fond de la cour, tout prés des chiottes. Le gars (1928/2004) a commis des bouquins dignes d'un séjour chez les cinglés. Diluant trop souvent l'impact dans une logorrhée verbale vite gonflante (Le Démon). Retrouvant rarement cette crispation de lame qui vous égorgerait directement, sans faire de chichis (Waiting Period) . Au dessus du lot, Last Exit To Brooklyn. Champ de mines où les mots vous coupent les jambes. Rien que de la bouillie d'os et de chair à la sortie. Tim Hardin en passerait pour Séraphin Lampion, le gus qui se marre d'un rien. Pas l'ombre d'un horizon culturel en vue, le front bas et l'échine cassé. Collection de maboules, de barges, occupés à courir derrière leur foutu Nirvana. Sans même en connaître le nom, la forme, ou la couleur. L'autre parfait monomaniaque, avec un casque de moto sur la tète, et pas de fric pour se payer une bécane. Finalement, il a dégotté une vieille meule de flic. Qu'il a orné d'une chouette selle, piqué on ne sait où. Il en a passé du temps à gonfler tout le monde, à trainer chez les marchands de mécanique à deux roues. L'occupation préféré de ce microcosme, raconter des histoires débiles, en faisant semblant que tout le monde coupe dans le baratin. Comme ce syndicaliste, totalement à coté de ses pompes, qui haïssait sa femme. Pendant l'interminable (autant qu'inutile) gréve, tout les mecs l'ont pris pour un con, torchant de la bière et se foutant de sa gueule en douce. C'était avant qu'il tourne gay et pédophile. Et que les gars le démontent, morceau par morceau. Ou Tralala, la pute aux gros nichons. Qui se tape des marins à la chaine, et se fait arnaquer de 2000 dollars par deux minus. A qui un type avait laissé son adresse. Putain, je m'en fous de ça, ce connard aurait pu me filer un peu de fric. Elle a fini en crevant d'alcool et de crasse, dans un terrain vague. Baisé à la chaine par tout ce que le voisinage comptait comme mâles en rut. Et Georgette, travelo hystérique, rétamé à la benzédrine. Une lame planté dans la jambe. Pissant le sang, pendant que son abruti de frère vomit sa haine des pédales. Coincé dans une partouze, avec d'autres types de son acabit, et une bande de faux durs. Mais méchants, la tarte dans la gueule jamais loin. Ce gros porc d'Harry, se mêlant de vouloir défoncer le fion de Lee, qui gueulait pour avoir de la vaseline. Tout ça accroché au comptoir du Grec. De temps en temps, ils sortent dans la rue, cassent quelques gueules, et rentrent raconter leurs exploits miteux. Virtuose du plan serré, et du vide en relief, Selby décrit ici comme personne l'ennui poisseux de New York (ou de Lorient, ou de n'importe quel bled) tant qu'on a pas de fric pour en sortir. Ses personnages sont avant tout de parfaits défis à la santé mentale. Filmés au plus prés, avec une lenteur sadique. Et un sens du détail frôlant la perversité. Un peu comme si Michel Audiard, raide fracassé à l'acide, se mêlait de collecter la saleté hideuse du Bronx. Et nous les flanquait à la tronche, sans ménagements. Pensez y en buvant votre prochain Coca au goût de détergent, ou en déglutissant un Big Mac bien gras. Bienvenue au pays où roter est DEJA une forme d'expression. La séquelle (Retour à Brooklyn) prend, hélas, le parti inverse. Substituant au coté psychopathe, une espèce de peinture au couteau de l'instant. Photographiant en action des gonzes étrangement malsains et repoussants. Selby ne prend même pas la peine de brosser un plan d'ensemble. Il vous colle la tête sous l'eau, et attend la suffocation, en comptant les bulles d'air. La, franchement, j'avoue avoir décroché au bout de dix pages. Me demandant ce que je foutais, à accompagner un abruti, qui attache sa mère, pour fourguer la télé. Plus recommandable (enfin presque) sera La Geôle, tirant le portrait au vitriol d'un pays fasciste. Où les flics vous cognent et vous foutent en cabane sans raison. En retour, il est permis d'imaginer à quel sauce les accommoder, en cas de renvoi de bâton Le tout sur fond de sadisme, et d'obsession (bien sordide) pour le cul et la chatte gluante. Bon, certains passages sont limites (le dressage des chiens, la séance de cinéma) et il est conseillé de se munir (avant la lecture) d'un sac papier, pour dégueuler tranquille, une fois avalés les cent premières pages. Qu'est ce que qu'on s'en balance de Guillaume Musso, dans ces conditions.

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 Sujet du message: Re: Fuzzine. Les inédits.
MessagePosté: Lun 19 Juin 2017 à 11:43 
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Je connais pas, mais ca a l'air hard quand meme :shock:


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